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TENDANCES INFIRMIÈRES

TENDANCES INFIRMIÈRES

Des soins infirmiers culturellement compétents

Charles Bilodeau

Charles Bilodeau

La diversité culturelle prend de l’ampleur en Estrie. En 2015-2016, la région a accueilli près de 1 200 immigrants en provenance de 58 pays différents1. Cette réalité pose de nouveaux défis aux infirmières. En effet, l’obligation éthique et déontologique de respecter les valeurs et les convictions personnelles du client peut s’avérer complexe, particulièrement lorsqu’elle implique des particularités raciales, ethniques, religieuses et linguistiques variées. De plus, l’environnement hautement technicisé et technologique de certains milieux comme les soins critiques pose une difficulté supplémentaire en favorisant le recours à une approche générique qui laisse peu de place à la diversité, en plus d’entretenir l’existence de nombreux stéréotypes2. Dans ce contexte, les infirmières doivent être en mesure d’adopter une approche culturellement compétente pour évaluer, développer et mettre en œuvre des soins et des interventions centrés sur les besoins du client et de sa famille3. Pour les cliniciens, une approche culturellement compétente implique une sensibilité face aux croyances, aux pensées et aux sensations de la personne soignée, la démonstration d’une connaissance et d’une compréhension de sa culture, l’acceptation et le respect des différences culturelles, ainsi qu’une adaptation conséquente de ses soins4.

Recommandations pour des soins culturellement compétents

Pour ce faire, la World Federation of Critical Care Nurses (WFCCN) a formulé des recommandations pour des soins culturellement compétents donnés par les infirmières5 :

  1. Procéder à une autoévaluation de sa propre culture, de ses valeurs et de ses croyances, puis considérer les biais possibles qui en résultent et qui devront être écartés pour ne pas affecter les soins prodigués.
  2. Établir une relation de confiance avec la personne soignée et sa famille en reconnaissant leur liberté et leur droit à des soins culturellement sensibles et compétents.
  3. Identifier le langage préféré de la personne soignée et de sa famille pour la communication verbale, en ayant recours à des interprètes ou à des traducteurs au besoin.
  4. Identifier la culture de la personne soignée et de sa famille. Celle-ci peut inclure leurs valeurs, leurs croyances, leurs traditions et leur vision du monde. Considérer également l’impact de la culture sur la communication et le processus de prise de décision.
  5. Identifier les croyances de la personne soignée et de sa famille en ce qui concerne la santé et la maladie, ainsi que leur perception et leur compréhension des traitements proposés.
  6. Assurer la compréhension des informations communiquées à la personne soignée et à sa famille.
  7. Prendre le temps nécessaire pour expliquer la nécessité des contacts physiques à la personne soignée et demander conseil à celle-ci et à sa famille sur la façon de prodiguer des soins physiques culturellement sensibles et appropriés.
  8. Préserver la dignité et la pudeur de la personne soignée et de sa famille en couvrant le corps de la personne et en assurant son intimité.
  9. Porter une attention particulière aux préoccupations de la personne soignée et de sa famille quant à la différence de genre entre la personne et l’infirmière et respecter les particularités culturelles.
  10. Considérer le régime alimentaire de la personne soignée et de sa famille. La culture étant directement associée à la signification accordée à la nourriture, offrir des aliments qui répondent aux besoins métaboliques de la personne soignée ainsi qu’à ses considérations culturelles.

Infirmiers et infirmières sont responsables de leurs actions

Rappelons que les infirmières ont l’imputabilité de leurs actions concernant la protection des droits des personnes soignées6. En ce sens, les infirmières sont encouragées à suivre ces recommandations afin de développer la compétence culturelle requise pour des soins infirmiers de qualité.

Charles Bilodeau, infirmier clinicien et agent de recherche au Centre de recherche sur vieillissement, CIUSSS de l’Estrie – CHUS

Références

1. Service d’aide aux Néo-Canadiens. (2016). Rapport annuel 2015-2016. Repéré à https://www.sanc-sherbrooke.ca/wp-content/uploads/2016/11/Rapport-2015-2016-VF.pdf

2. Williamson, M., & Harrisson, L. (2010). Providing culturally appropriate care: a literature review. International Journal of Nursing Studies, 47(6), 761-769.

3. Association des infirmières et infirmiers du Canada. (2010). Encourager la compétence culturelle dans les soins infirmiers. Repéré à https://www.cna-aiic.ca/~/media/cna/page-content/pdf-fr/ps114_cultural_competence_2010_f.pdf?la=fr

4. Kanchana, M., & Sangamesh, N. (2016). Transcultural nursing: Importance in nursing practice. International Journal of Nursing Education, 8(1), 135-138.

5. Friganovic et al. (2016). World Federation of Critical Care Nurses : Brisbane Declaration on Culturally Sensitive Critical Care Nursing. The World of Critical Care Nursing, 10(3), 80-82. (Adaptation et traduction libre)

6. Internation Council of Nurses. (2011). Position statement. Nurses and Human Rights. Repéré à http://www.icn.ch/publications/position-statements/

Pour aller plus loin

- Différents outils d’autoévaluation de la compétence culturelle sont disponibles sur le site Web du Centre de ressources multiculturelles en santé mentale (CRMSM) au http://www.multiculturalmentalhealth.ca/fr/training/self-assessment/

- Pour en savoir plus sur la compétence culturelle en soins infirmiers, consultez l’énoncé de position de l’AIIC au https://www.cna-aiic.ca/~/media/cna/page-content/pdf-fr/ps114_cultural_competence_2010_f.pdf?la=fr

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